France vs USA : Quelles perspectives pour les start-ups ?

La Clinique du droit HEAD a organisé, le mardi 13 mars 2018, par l’intermédiaire de son pôle « Colloques », une conférence sur le thème suivant : « France vs. USA : quelles perspectives pour les start-ups ? »

Cette question, fondamentale dans l’appréhension des écosystèmes respectifs des deux pays qui jouent les premiers rôles économiques dans le concert des nations, suscite débat, réflexion et analyse. Trois invités de marque nous ont fait part de leurs riches expériences pour aborder ce sujet : Maître Christopher Mesnooh, avocat aux barreaux de Paris, New York et Washington D.C. et associé du cabinet Fieldfisher, Maître Sébastien Bonneau, avocat et fondateur de All you Need For Growth et Thibault Faÿ, co-fondateur de la start-up EzyGain.

Notion au cœur d’un développement économique nouveau, la start-up est source d’interrogations diverses et variées ; elle suscite l’attrait autant que la qualification de modèle de développement jugé éphémère. Quelles sont ses perspectives en France et aux Etats-Unis ?

Si le débat « France contre Etats-Unis » semble monté de toute pièce, il est important de comparer la culture autour de laquelle gravitent les start-ups en France et outre-Atlantique (1) et, sur le même plan, le contexte universitaire et géographique qui constituent le bagage de l’écosystème dans lequel ces entités évoluent (2). Enfin, la détermination, moteur de l’entreprenariat, semble être ce qui fonde le socle commun de deux modèles économiques souvent analysés de manière individuelle (3).

1. Le goût du risque : une dimension socio-culturelle importante dans la décision d’entreprendre

La culture du risque est, avant même de prendre la décision d’entreprendre, un atout essentiel façonnant la personnalité de l’entrepreneur. Cette culture du risque est davantage développée aux Etats-Unis qu’en France et, selon Thibault Faÿ, cela n’est pas anodin. Aujourd’hui, le territoire américain, à travers les mesures mises en œuvre afin de mettre les étudiants dans les meilleures dispositions pour lancer leurs projets (nouveaux modèles d’universités proposant des masters entrepreneuriaux, accords avec les grands groupes), favorise l’esprit d’initiative.

À ce titre, il est remarquable de noter que les professeurs américains jouissent d’un rayonnement plus étendu que leurs homologues français. Ceux-ci jouent la carte de la proximité avec leurs étudiants, prenant parfois sur leur temps libre afin de s’engager, et souvent investir, dans des projets retenant leur attention ou dans lesquels sont engagés leurs propres étudiants.

Cette culture du risque a toutefois des limites, comme le souligne Maître Sébastien Bonneau, qui met en avant la nécessité d’avoir une vision sur le long terme, afin de favoriser la pérennité du projet. La formule « be good or die » prend ainsi tout son sens et semble refléter l’esprit d’entreprenariat américain.

Pour Maître Christopher Mesnooh, cette culture du risque américaine n’éclipse pas la culture française, certes plus marquée par le protectionnisme, mais davantage protectrice des entrepreneurs. L’Etat français apporte une véritable sécurité dans la décision d’entreprendre, il constitue ainsi une base solide sur laquelle l’entrepreneur peut se reposer, notamment à travers le financement qu’il peut solliciter au lancement de son projet.

Au regard de ces différences culturelles, la décision de proposer au marché son projet en France ou aux Etats-Unis peut paraître difficile pour certains entrepreneurs. En France, on choisira ainsi des facteurs autre que la réussite tels que la qualité de vie, les infrastructures ou encore le système social et de santé. Pour entreprendre aux Etats-Unis, on choisira la dimension du marché et les opportunités proposées, mais encore la culture de la performance et une effervescence quotidienne.

2. La proximité universités/entreprises comme terreau de l’entreprenariat moderne

Le territoire américain, plus étendu que le territoire français, favorise la création de véritables pôles d’entrepreneuriat. Ainsi, il n’est pas rare de trouver dans un cercle géographique restreint plusieurs universités, des incubateurs d’entreprises, des grands groupes de nouvelles technologies et des programmes d’initiation à l’entrepreneuriat. La Silicon Valley semble aujourd’hui constituer le parfait exemple de cette expansion d’un genre nouveau.

Cette proximité géographique favorise également la proximité intellectuelle selon Thibault Faÿ, pour qui l’émulation rencontrée en ces lieux joue un rôle de cohésion sociale et d’effervescence notable.

Pour Maître Sébastien Bonneau, qui souligne l’exemple de Paris-Saclay, ces pôles sont encore trop rares en France. Le système est aujourd’hui trop stratifié et les étapes, qu’elles soient administratives ou universitaires, sont davantage marquées ; ce qui constitue un long chemin pour un étudiant qui souhaite entreprendre.

3. La détermination, facteur de réussite de premier plan

Malgré les différences que peuvent engendrer les deux modèles économiques, il semble que la France et les Etats-Unis se réunissent autour de ce qui façonne fondamentalement l’entrepreneuriat : la détermination.

Pour Maître Christopher Mesnooh, il n’est pas rare, aux Etats-Unis, d’avoir une détermination sans faille et de faire de ses échecs le facteur d’une réussite future. À l’inverse, en France, la détermination se recense sur un terme plus long, marqué par la peur de l’échec mais aussi par le souci de créer un projet pérenne.

Les facteurs politiques et administratifs ne semblent pas, selon nos trois intervenants, constituer de véritables barrières à l’entrepreneuriat dans la mesure où le projet se construit d’une part dans l’esprit de l’entrepreneur, qui devra se doter d’une motivation sans faille, et d’autre part au niveau macro-économique, en analysant les propres besoins de sa start-up.

Pour Maîtres Christopher Mesnooh et Sébastien Bonneau, l’entrepreneur ou le porteur de projet en germe ne doit pas se limiter à sa propre vision du projet, il doit échanger, voyager et se constituer une personnalité flexible. Celle-ci sera la clé de sa future réussite et de son adaptation à l’écosystème dans lequel il évolue, quel qu’il soit.

 

La Clinique du droit HEAD 


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