Droit et Technologies

Mardi 10 janvier 2017 Matthieu Brochier a eu le plaisir de recevoir Nicolas Bustamante et Benjamin Pitcho pour échanger avec les étudiants d’HEAD

sur les nouvelles technologies et leur impact sur l’exercice de la profession d’Avocat.

Matthieu Brochier a introduit le débat en interrogeant ses invités sur l’intelligence artificielle et la place réservée aux avocats.

Benjamin Pitcho est Avocat, Maître de Conférence à Paris 8, Membre du Conseil de l’ordre des Avocats de Paris, Coordinateur de l’Incubateur du Barreau de Paris et responsable de la Clinique Juridique de l’Université de Paris 8.

Il pense que jamais les avocats ne seront totalement supplantés par les robots. Seulement certaines activités répétitives telles que la rédaction d’actes pourront être effectuées grâce à l’intelligence artificielle.

Quelle est la place de l’innovation dans la profession ?

On est aujourd’hui obligé d’innover. Il y a quelques années, il n’y avait pas d’accès aux bases juridiques numériques. Le métier se transforme et le droit subit l’influence des start-up.

La perception du besoin du droit se transforme aussi. Les avocats doivent s’adapter à la façon qu’ont les citoyens de consommer les legalTech.

Nicolas Bustamante est Co-fondateur du site Doctrine.fr, fondé sur l’intelligence artificielle et le Big Data de la justice.

Il considère que les outils de l’avocat n’ont pas pris le virage du XXIème siècle car les juristes ont peur du milieu de la technologie.

Pour Nicolas Bustamante l’intelligence artificielle ne remplacera jamais une profession, elle sera toujours au service de l’humain.

Doctrine.fr est une niche sur la recherche de jurisprudence.

Matthieu Brochier a évoqué la multiplication des règles législatives et d’information. Face à ce phénomène, l’Avocat a besoin d’outils. L’Avocat c’est quelqu’un qui réfléchit, qui cherche une solution adaptée au fait d’espèce.

L’innovation résulte-t-elle toujours de la technologie ?

Pour Matthieu Brochier, l’innovation peut être une manière différente d’exercer la profession d’avocat où de juriste, par exemple la clinique du droit de l’école HEAD est innovante en ce qu’elle met en relation directe les étudiants juristes et les jeunes entrepreneurs.

Benjamin Pitcho ajoute que grâce à la Loi Macron, les avocats ont aujourd’hui le droit d’avoir une activité commerciale connexe et accessoire, et peuvent donc s’ouvrir à de nouveaux métiers où de nouveaux business model.

Exemple, l’agence d’Avocats AGN, qui est la première agence du droit à proposer des services juridiques en ligne, a créé un business model innovant sans apport de nouvelle technologie.

L’avocat doit apprendre à se réinventer. Certains cabinets se spécialisent dans des domaines très pointus et répondent ainsi à une attente d’une certaine clientèle.

Cependant, FaceBook, qui reste un modèle de start-up, continue de se faire conseiller par des « avocats classiques », ce qui est plutôt rassurant pour la pérennité de la profession.

Nicolas Bustamante précise qu’une start-up doit être centrée sur le client. Concernant son moteur de recherche Doctrine.fr, leur première réussite et innovation n’a pas été technologique, mais elle répondait à un besoin du client.

Ils ont été le premier moteur de recherche avec une hotline joignable 24h/24h et 7j/7.

De plus, ils ont énormément travaillé leur design, et la simplicité de l’utilisation. Ils ont optimisé l’expérience utilisateur qui devait être le plus simple possible.

Sur le moteur de recherche de Légifrance il y a 1 million de décisions de justice alors que sur Doctrine.fr il y en a 4 millions. Les fondateurs ont ciblé la niche jurisprudence pour être les meilleurs dans ce domaine et proposent des analyses de données des décisions de justice.

Mais là encore, la technologie ne remplace pas le professionnel puisque Doctrine.fr met des décisions à disposition du public mais c’est l’Avocat qui reste le conseiller du client.

Pour Benjamin Pitcho, intelligence artificielle ne signifie pas objectivité. Pour ce spécialiste des nouvelles technologies, coder est un acte politique.

Matthieu Brochier pour sa part se demande s’il n’y a pas le risque d’une justice aveugle.

D’un côté une justice automatique et de l’autre une justice subjective.

Un risque d’uniformisation et de subjectivité.

Quel est le péril le plus important ?

La subjectivité a aujourd’hui été admise. Et la technologie est un instrument qui va faire progresser le droit et le métier d’avocat.

Benjamin Pitcho a conlu la conférence en rappelant aux étudiants que le métier d’Avocat était une des plus belles professions. Un métier socialement valorisant, intellectuellement stimulant. Il a incité les futurs professionnels à devenir entrepreneurs, à considérer leur cabinet comme une strat-up du droit.

Dans sa plus pure tradition – la défense.


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